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INTERVIEW | Pour éviter l’hécatombe

Si les PME suisses ne s’adaptent pas rapidement au choc opérationnel induit par le COVID-19, elles disparaitront, prévient Vincent Tattini.

Les entreprises qui comptent 250 employés maximum représentent, selon IOFS, 99,7% des entreprises et 67,6% des emplois de la Confédération1. Si elles ne parviennent pas à surmonter la crise du COVID-19, notamment en familiarisant leurs collaborateurs à de nouveaux modes de travail, elles ne survivront pas, et ce malgré l’obtention des aides financières débloquées par la Confédération. Entretien avec Vincent Tattini, fondateur de l’étude Watt Law, expert en conseil aux PME.

Quel est l’impact concret du COVID-19 sur les PME suisses?

Dès le 16 mars, bon nombre d’entreprises ont vu, du jour au lendemain, leur activité chuter jusqu’à 80%. Un grand nombre ont même été contraintes de cesser toute activité au moins jusqu’au 19 avril, date qui apparait déjà, au regard de l’actualité, irréaliste pour une reprise. Les conséquences pour les entreprises sont de trois natures. Primo, des difficultés économiques, avec pertes de revenus, complications de trésorerie, retards des encaissements, problèmes d’approvisionnement, impossibilités d’écouler la marchandise et stocks de denrées périssables définitivement perdues, employés désœuvrés, etc. Secundo, des difficultés organisationnelles, avec des interruptions dans l’urgence des opérations, la mise en place de mesures de protection pour les clients, du télétravail… Tertio, des difficultés de gouvernance.

«J’ai peur qu’à la fin de la crise on ne compte pas seulement les morts dans les hôpitaux, mais également au registre du commerce.»

En l’espace de quelques heures, les entrepreneurs, comme les salariés, se sont retrouvés dans une situation de «crash test» d’un management autonome et collaboratif, alors que nombre d’entre eux n’y ont jamais été préparés et que la transformation digitale des entreprises et de leur culture n’est encore, pour une majorité, qu’embryonnaire. Et ce, sans compter que nombre de conseils d’administrations se retrouvent totalement dépassés par la situation et désarmés pour gérer une telle crise sur la durée.

Si certains prestataires semblaient tirer leur épingle du jeu dans un premier temps – e-commerce, services IT, entreprises de livraison -, ils sont aujourd’hui confrontés à des difficultés particulières: épuisement des collaborateurs, absentéisme, engorgement ou retards dans l’exécution. Nul n’est épargné.

Les aides financières exceptionnelles mises en place ne suffiront pas à sauver les entreprises. Elles représentent 10% du chiffres d’affaires de l’année précédente, soit moins d’un mois de cash opérationnel alors que les limitations imposées par la Confédération vont durer au moins 2 mois, sans compter que la reprise ne va pas se faire du jour au lendemain.

Ainsi, pour survivre et reprendre leur activité après le confinement, les entreprises doivent s’adapter maintenant – s’organiser, repenser pour certaines leur core business, sous peine que la crise conduise définitivement à les mettre à terre. J’ai peur qu’à la fin de la crise on ne compte pas seulement les morts dans les hôpitaux, mais également au registre du commerce.

«Il s’agit d’abord de protéger ce qui doit l’être, les collaborateurs évidemment, mais également l’outil de production.»

Quelles sont les mesures que vous leur conseillez de prendre pour quels objectifs?

Il s’agit d’abord de protéger ce qui doit l’être, les collaborateurs évidemment, mais également l’outil de production, les actifs et de sécuriser les approvisionnements, les contrats, de mettre à l’abri ce qui peut l’être afin de garantir une continuité et permettre la reprise quand elle viendra. Eviter l’asphyxie est la 2e priorité: il est impératif d’identifier les mesures d’accompagnement et d’initier au plus vite les démarches en vue de l’obtention des aides financières pour stabiliser et sécuriser la situation financière.

Parallèlement, les entreprises doivent repenser leur organisation: une réflexion stratégique doit être menée sur la réorganisation des outils et des ressources technologiques. Les mesures en termes de ressources humaines doivent être soigneusement étudiées afin de limiter la charge salariale supportée par l’entreprise tout en maintenant les emplois afin de conserver le savoir-faire de ses collaborateurs.
Par ailleurs, il est plus que jamais temps de faire preuve de créativité pour relancer et maintenir l’activité dans un contexte économique imprévisible et fortement évolutif. Enfin, il est essentiel de préparer dès maintenant l’après COVID-19 et la «redistribution des cartes», en analysant les nouvelles opportunités.

Si les restrictions et les mesures de confinement représentent une contrainte, elles vont également modifier les habitudes de consommation, ainsi que les modes de fonctionnement, donc présenter de nouvelles opportunités: développement du télétravail, modification de la mobilité, des outils de communications, nouveaux modes de consommation…. Il y aura donc un «avant» et un «après» COVID 19 dans l’univers professionnel.

«Il est vraisemblable que des ‘figures historiques’ ne survivent pas, tandis que des petits ou nouveaux acteurs émergeront.»

Pensez-vous que les circonstances actuelles auront un impact sur les faillites ?

Il est beaucoup trop tôt pour prédire les effets de l’épidémie sur le nombre de faillites, ce d’autant plus que la Confédération et les cantons mettent tout en œuvre pour aider financièrement les entreprises. La Confédération ayant décidé de suspendre les procédures de poursuites et de faillites pour empêcher que des entreprises ne se retrouvent dans des situations irrémédiables, elles sont pour le moment «protégées».

Mais personne ne sait quel sera le paysage de l’après COVID-19, ni les mesures d’accompagnement qui seront mises en place. Ceci étant, on peut malgré tout envisager, au cours de ces prochaines semaines, une augmentation des règlements amiables des dettes, les créanciers étant plus enclins à négocier avec leurs débiteurs afin de libérer au plus vite des liquidités, quitte à renoncer à une partie de leur créance.

Quid des opérations de fusion-acquisition?

L’épidémie entraînera une redistribution des cartes. Il est vraisemblable que des «figures historiques» ne survivent pas, victimes de leurs inerties, tandis que des petits ou nouveaux acteurs émergeront. Les nouveaux modes de fonctionnement ainsi que la modification des habitudes de consommation conduiront à une refonte de certains secteurs de l’économie. L’externalisation ou à l’inverse, l’intégration de services et/ou d’outils de production, serviront de levier à l’optimisation de l’activité des entreprises. Il en résultera très probablement des mouvements de fonds sur le marché des entreprises, notamment de très belles opportunités d’acquisition.

La consolidation de certains secteurs pourrait vraisemblablement s’accélérer. Le caractère épique d’une situation où nous combattons un ennemi invisible par visioconférences aurait tout d’une cocasse fiction si ce n’était devenu notre nouvelle réalité professionnelle, celle d’un 21e siècle digitalisé et en recherche de nouveaux repères, dans un contexte économique et politique disloqué, mais plein d’opportunités pour faire évoluer notre société.

Autrement dit, au sortir de cette crise du COVID-19, l’humanité aura rendez-vous avec elle-même.

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